Le plus difficile sera certainement de ne pas mélanger nos mentalités actuelles avec les mentalités d'époque.
- Les classes sociales : même à la Renaissance, la noblesse est la noblesse et la roture lui est inférieure ; point barre. Les idées d'égalité entre tous les hommes (n'allons même pas jusqu'aux femmes !) ne sont encore que les divagations d'excentriques. Les roturiers peuvent acquérir une certaine mesure d'influence (par le commerce ou l'art...) mais ils ne quittent pas leur place.
- les races : dans le même ordre d'idée, les habitants d'Amérique, d'Afrique, d'Inde, etc... ne sont pas exactement considérés comme "humains" mais plutôt comme "barbares".
- Le Chrétienté unit tout. Le Pape dispose d'un pouvoir politique, spirituel, social et militaire immense (penser aux Borgia), et il rivalise d'influence avec les Rois. Rares sont les gens à se prétendre athées et plus rare encore ceux qui le sont vraiment. Et ils sont en danger s'ils en parlent. La tolérance religieuse, la laïcité, restent à inventer.
- peu de gens savent lire.
- la mortalité infantile est massive. Rousseau disait deux siècles plus tard, "la moitié des enfants meurent avant leur huitième année. C'est la loi de la nature ; pourquoi essayer de la contredire ?" Cela peut nous choquer aujourd'hui, mais à son époque ce n'était que la vérité. L'hygiène, la médecine, sont effrayants par rapport à nos habitudes actuelles.
- l'espérance de vie est nettement plus faible ; cela signifie qu'on peut être adulte de facto à seize ans, c'est-à-dire autonome, indépendant et marié avec enfants à charge. Et on est vieillard à cinquante ans. Les adolescents attardés n'existent guère, la société n'a pas les moyens d'entretenir des jeunes à rêver. La notion même d'adolescence est anachronique. Seuls les jeunes de familles riches ont des loisirs, une minorité.
- les nouvelles ne circulent pas de façon fiable. Il n'existe pas de médias, les journaux ne sont pas entièrement fiables, les rumeurs non plus. De plus, même les plus importantes nouvelles peuvent mettre plusieurs jours à arriver dans les pays voisins. Le monde est flou au-delà de son propre quartier, sauf pour les voyageurs.
- les gens ont beaucoup moins de temps libre qu'à notre époque, d'une façon générale. Ils subsistent avec beaucoup plus d'efforts et de difficultés.
- la guerre n'est jamais très loin.
- les unités de mesure ne sont pas encore unifiées, et si un gênois parle de "deux toises" à un vénitien, il est possible qu'ils ne pensent pas à la même longueur. D'ailleurs le commerce joue en permanence sur ce genre d'ambiguïté.
Voilà tout ce qui me vient immédiatement... Je suggère la lecture de "Giacomo C.", une BD sur la vie (réelle) de Casanova.